Juin tout flambant...

Juin tout flambant verdoie en plein azur.
Les bigarreaux, la guigne et la merise
Ont pris couleur ; un parfum de fruit mûr
Loin des vergers s'envole avec la bise.
La molle odeur, qu'un bon vent favorise.
Gagne l'Afrique où, fuyant les hivers,
Plus d'un oiseau frileux fait sa remise ;
L'air s'en imprègne, et, par-delà les mers,
Le loriot a senti la cerise.

Guigne sucrée ou griotte au goût sur,
Il pille tout, trouvant tout à sa guise ;
Puis vers le soir, dans un doux clair-obscur,
Ragaillardi par cette chère exquise,
Il fait un doigt de cour à sa payse
Il vient chez nous, juste à l'heure précise
Où le fruit rouge est à point. Il se grise
Du suc juteux et du parfum des chairs ;
Son bec se mouille et son gros œil s'irise,
Sa joie éclate en sons flûtés et clairs :

Le loriot a senti la cerise.
Au bord du nid suspendu dans les airs.
Galanterie est sœur de gourmandise
Le loriot a senti la cerise

Roi des forêts, chêne, dans tes bras verts
André Theuriet